POINTS CLÉS

1- La stabilité du Grand Moyen-Orient ne dépend pas uniquement de la région de la Méditerranée orientale. Ce qui se passe au Maroc, en Libye et en Tunisie a des conséquences considérables.

2- Les relations de la Tunisie avec la Chine sont plus préoccupantes. En février dernier, les deux pays ont signé un accord de quatre ans pour promouvoir la coopération culturelle.

3- Washington devrait relancer et élargir les Accords d’Abraham, en poussant des pays comme la Tunisie et Israël vers la normalisation de leurs relations diplomatiques.

La stabilité du Grand Moyen-Orient ne dépend pas uniquement de la région de la Méditerranée orientale. Ce qui se passe au Maroc, en Libye et en Tunisie a également d’énormes conséquences. L’Occident ne peut pas se permettre de traiter ces pays stratégiquement importants comme une question secondaire.

Un grand point d’interrogation plane sur l’avenir de la Tunisie. Le pays a été durement touché par les effets en cascade de la crise ukrainienne. Selon Reuters, de nombreux produits alimentaires sont rationnés et la pénurie nationale de carburant s’aggrave.

Le gouvernement tunisien a déjà reçu deux tranches d’aide internationale de la Banque mondiale et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement pour financer l’achat de blé. Il cherche actuellement à être renfloué par le Fonds monétaire international.

Autrefois considérée comme la seule “expérience réussie” des printemps arabes de 2011, la démocratie tunisienne est désormais confrontée à des défis importants.

La tension politique est vive depuis l’été dernier, lorsque des manifestations contre le Mouvement Ennahda, le parti majoritaire, ont éclaté en raison de la crise économique et de la mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19.

En juillet dernier, un référendum constitutionnel a été organisé, visant à donner au président Kais Saied des pouvoirs supplémentaires. Le vote à sens unique (94 %) en faveur de la nouvelle constitution n’a pas été une surprise. Ennahda et d’autres groupes d’opposition ont boycotté le vote. La participation n’a été que de 28 %.

Après le référendum, Saied a exercé son nouveau pouvoir exécutif et a suspendu le Parlement. Ennahda l’a rapidement accusé d’avoir organisé un coup d’État.

La récente réforme constitutionnelle augmente certainement le risque d’un retour à un gouvernement autoritaire. Mais Ennahda n’est pas un chevalier démocratique en armure brillante. Ce parti controversé, longtemps lié aux très antidémocratiques Frères musulmans, est accusé de tenir des positions islamistes extrêmes.

Le pays est également confronté à de nombreux défis géopolitiques. Des tensions diplomatiques ont récemment éclaté entre la Tunisie et le Maroc. Rabat a rappelé son ambassadeur à Tunis “pour consultations” après que Saied a invité le chef du Front Polisario, Brahim Ghali, à la conférence de la TICAD. Le Front Polisario soutient l’indépendance du Sahara occidental vis-à-vis de Rabat.

Le Maroc est également en désaccord avec l’Algérie, qui a renforcé ses relations avec la Tunisie dans le secteur de l’énergie. Saied a rencontré le président algérien Abdelmadjid Tebboune en juillet dernier, tandis qu’en août, l’Algérie s’est déclarée prête à augmenter la fourniture d’électricité à la Tunisie.

Le gouvernement tunisien renforce également ses relations avec l’Égypte. Début septembre, le ministre égyptien des affaires étrangères Sameh Shoukry a rencontré au Caire son homologue tunisien Othman Jerandi, affirmant son soutien au développement et à la stabilité de Tunis. Le président égyptien Abdel Fattah el-Sisi est un proche allié de Saied : les deux dirigeants sont unis par la crainte des Frères musulmans.

Ensuite, il y a l’inquiétude concernant l’influence accrue de la Russie. Moscou dispose d’un bras long politique et militaire dans la partie orientale de la Libye par le biais des mercenaires du groupe Wagner.

D’autres inquiétudes proviennent des relations de la Tunisie avec la Chine. En février dernier, les deux pays ont signé un accord de quatre ans pour promouvoir la coopération culturelle. Deux mois plus tard, Tunis et Pékin ont également conclu deux accords dans le secteur de la santé.

Ce qui est troublant, c’est que les Européens et, à un degré encore plus élevé, les Américains, semblent ambivalents face à des développements qui pourraient nuire à leurs intérêts, ainsi qu’à la stabilité de la région. Tout retournement de situation pourrait se répercuter sur le Moyen-Orient, la Méditerranée et l’Europe du Sud.

Jusqu’à présent, l’administration Biden ne semble pas avoir de stratégie globale de sécurité nationale, sans parler d’une vaste stratégie pour la Méditerranée et le Grand Moyen-Orient qui concerne des pays comme la Tunisie.

Washington devrait relancer et élargir les Accords d’Abraham, en poussant des pays comme la Tunisie et Israël vers la normalisation de leurs relations diplomatiques. En outre, Washington devrait renforcer le flanc sud de l’OTAN et, par conséquent, l’influence occidentale face au soft power sino-russe croissant en Afrique du Nord.

De manière plus générale, les États-Unis doivent investir l’attention et l’engagement des hauts dirigeants dans la région et coordonner avec les alliés européens et moyen-orientaux un agenda pour le bien commun. Un minimum d’efforts diplomatiques et d’engagement économique public-privé permettrait d’enrayer les tendances inquiétantes.

Source : heritage

Cet article a été initialement publié dans 19fortyfive.

Traduit avec DeepL

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