Des peintures pariétales jusqu’aux plus saisissantes installations, Beaux Arts vous partage 60 chefs-d’œuvre à voir au moins une fois dans sa vie. Pas un simple « best of » virtuel, mais un musée amoureux habité par chacune des rencontres qui nous a un jour bouleversés ou troublés. Aujourd’hui, arrêt sur une des toiles emblématiques de l’art cathartique de Frida Kahlo.

Debout dans un paysage aride, l’artiste nous toise, seins nus, stoïque dans son corset de fer. Fissuré en deux, son buste est criblé de clous. Des larmes roulent sur ses joues impassibles. Parmi les 55 autoportraits sans complaisance que Frida Kahlo (1907–1954) a laissés derrière elle, celui-ci incarne plus que jamais la puissance de son œuvre où la souffrance, déchirante, cohabite avec une force tranquille, fière et grave. Expression impitoyable de la douleur que la peintre mexicaine a endurée toute sa vie suite à un terrible accident de bus survenu à l’aube de ses 18 ans, ce cri intérieur s’avère si poignant que certains médecins le considèrent comme un précieux outil de compréhension des plus lourdes peines du corps et de l’âme…

Ce qu’il faut savoir

Frida Kahlo se défend d’être surréaliste : même si elle use de symboles, ce qu’elle représente est sa réalité. La colonne vertébrale (ici figurée par un pilier en ruines), les côtes et le bassin cassés, la jambe droite fracturée en onze endroits et la cavité pelvienne transpercée par une barre de métal, l’artiste, privée de la capacité d’avoir des enfants, subira jusqu’à sa mort de longues périodes d’alitement et de lourdes opérations qui ne la soulageront jamais. Cette femme au tempérament de feu n’a pourtant pas renoncé à voyager, à peindre plus de 140 tableaux et à connaître des relations passionnées – un courage et une soif de liberté qui font aujourd’hui d’elle l’une des plus grandes icônes du féminisme !

Où la voir ?

Au musée Dolores Olmedo à Mexico, qui abrite 25 tableaux d’elle et 145 de son mari muraliste Diego Rivera. Une visite à compléter absolument par celle de la mythique Casa Azul – une jolie maison bleue dotée d’un petit jardin exotique – où se trouvent les cendres, la chambre et les affaires personnelles de l’artiste, dont son matériel de peinture, son fauteuil roulant et sa collection de robes flamboyantes, témoignage de son amour sans faille pour la culture mexicaine.

Par Joséphine Bindé, beauxarts