Un avertisseur d’incendie: le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a publié lundi son sixième rapport sur le changement climatique. La précédente analyse datait de 2013. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le ton est alarmiste.

Cet état des lieux du consensus scientifique est implacable. La situation s’est aggravée: «Le changement climatique se généralise, s’accélère et s’intensifie.» La température moyenne sur le globe est de 1,09 degré plus chaude qu’en 1850. Plusieurs changements liés à l’effet de serre sont d’ores et déjà irréversibles. Par exemple la montée des eaux. Le seuil limite de 1,5 degrés supplémentaire à ne pas dépasser sera atteint à l’horizon 2030 (et non 2040 comme postulé auparavant)…

Autre intérêt de ce document, progrès techniques en matière de simulations climatiques obligent, le lien entre des événements climatiques extrêmes –inondations en Allemagne ayant fait près de 200 morts, vague de chaleur au Canada, etc.– sont désormais scientifiquement liés à ce phénomène causé par les activités humaines.

Dans ce contexte, le refus en juin de la loi sur le CO2 par les Suisses laisse un goût d’inachevé. Sous la poussée du lobby pétrolier, avec une UDC volontiers climato-sceptique à la manœuvre et un PLR en embuscade, cette législation était certes insuffisante mais indiquait un cap souhaitable. L’ouvrage va devoir être remis sur le métier.

Cela nécessitera un courage politique certain. Vu l’accélération du réchauffement climatique, ce sont des mesures bien plus drastiques qui devront être prises. Ce que la Confédération n’a pas su anticiper lui sera imposé lors de la prochaine COP 26 qui se tiendra en novembre à Glasgow.

Pour la Suisse, le point d’achoppement sera double. Tout d’abord, sa politique d’externaliser ces enjeux en rachetant des droits de polluer dans des pays du Sud tiennent de la politique impérialiste. Et ensuite, il s’agira de réinternaliser dans son bilan carbone les émissions causées par sa place financière qui investit massivement dans le gaz de schiste et autre centrale à lignite. Une pollution induite pesant 40 fois sa production indigène.

Sans oublier le rôle délétère de la Banque nationale suisse (BNS) qui continue de faire l’autruche. Vendredi encore, face aux militants climatiques qui ont clos une semaine d’action sur ce thème elle opposait des arguties juridiques1: «L’accord de Paris ne prévoit pas de rôle direct pour les banques centrales.» Le monde réel l’a rattrapée ce lundi. Plus vite que prévu par ces Thénardier du capital?

Par PHILIPPE BACH, lecourrier